Catherine Winandy


Par Jean Marc Tosello directeur de l'école d'Art Contemporain, Luxembourg
 

 

Par Brigitte Camus, Critique d'Art
Auteure de « Buffet ou la psychanalyse en signature » .
Editions de l’Epure.

 

Qu'en est-t'-il de notre part d'ombre lorsque
celle-ci s'invite en une "image-miroir" du peintre?
Tout naît du tréfonds en un visible qui parfois
dérange, inquiète ou même intérroge sans détour
la condition humaine.
Certes, l'image se veut projection, sursaut
de balbutiements qui habitent l'être avant qu'elle
se rende à l'impression du regard...d'un regard
qui touche l'homme en son corps. D'un corps
naissant dans la lumière de la nuit, dénudé
de toute appartenance et de tout regard
porté en ce monde.
Visage en souffrance dans l'angoisse de la
forme à se manifester pleinement,
trahissant les avatars du genre humain
enchevetré dans le chaos originel, à rendre
possible une quelconque harmonie, une utopie de
l'ordre de la perfection, du réel comme
une entière création en soi.
Par ces travaux, Catherine Winandy soulève
une suite ouverte de corps fragmentés
au visible de notre quotidien dont le coeur en est,
de ces visages dépourvus de regard.
Tel un monde en perte de vue comme si
l'a-venir n'a de cesse de s'habiller de la nuit
du temps ou comme si en son corps,
l'homme cherche en vain, l'apparat glorieux du présent...
de se tenir debout en pleine lumière.
Ainsi, en est-t'-il de l'icône contemporaine,
d'un sacré qui s'en retourne à la nuit.

 

Comment passer de la lumière à l’ombre ? Pourquoi renoncer au monde de la joie et de l’espérance pour choisir de plonger dans les ténèbres, la maladie et la mort ? Il n’y a pas forcément un événement précis qui prend le pas mais un cheminement né d’ un rapport au temps, forcément crucial, qui s’impose.
L’artiste est un sismographe dans un monde chaotique ;
il endosse ses souffrances et celles des autres
en pleine conscience ou dans un état second. Son travail allume des clignotants, parfois à son insu.
Catherine Winandy, vigie et sentinelle, nous questionne sans apporter de réponses.

Comment passer de la lumière à l’ombre ? chez Catherine Winandy, corps et visages étreignent la nuit profonde, absolue, celle qui nous guide vers l’essence de la vie.
Sans échappatoire possible, l’espace est broyé
pour qui est en proie au désespoir.

Silhouettes tremblantes et troubles envahissent le noir de la toile. Parfois taches esquissées ou informes, elles surgissent, tels les cauchemars de Goya ou les réminiscences
de Jean Rustin, pour cheminer dans notre mémoire
avec une étonnante légèreté malgré la gravité du propos.
En fin de compte, l’espoir renaît au bout du chemin : il se matérialise chez Catherine Winandy par des rais de lumières, des déchirures de matières pour entrouvrir des portes.

Clair obscur et sfumato entreprennent une danse au cœur de la noirceur des pigments ; soudain un visage apparaît avec des mains nimbées de lumière qui semblent glisser sur une paroi invisible pour tenter de dissiper un effroi de l’enfance. Ailleurs un banc s’installe, minuscule mais bien présent. La vie est là, elle triomphe au delà de la couleur, au delà du noir, au delà des apparences.

Comment passer de la lumière à l’ombre ? en glissant de l’ombre à la lumière.